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Robert Bell « Une taxe carbone peut vraiment sauver l’Europe »

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN POMPEY – LESECHOS.FR | LE 05/10/11 À 03H00

Robert Bell est professeur en management et président du département des sciences financières du Brooklyn College de la City University of New York et est un spécialiste du financement et du management des projets RSE (responsabilité sociale et environnementale) et de l’entrepreneuriat social. Il donne son point de vue sur l’innovation en la matière et avance des pistes pour améliorer un système perfectible selon lui.

Robert Bell est professeur en management et président du département des sciences financières du Brooklyn College de la City University of New York et est un spécialiste du financement et du management des projets RSE (responsabilité sociale et environnementale) et de l’entrepreneuriat social. Il donne son point de vue sur l’innovation en la matière et avance des pistes pour améliorer un système perfectible selon lui.

Comment se porte et se développe l’innovation en matière de financement et de management des projets RSE et d’entrepreneuriat social ?

En la matière, c’est une catastrophe, aussi bien aux Etats-Unis que dans la plupart des pays européens. Il y a de graves problèmes concernant la finance comme la gouvernance des projets. Les gouvernements n’ont pas su garder leur cap initial : ils avaient en effet annoncé leur intention de se battre pour les énergies renouvelables avant de se rétracter petit à petit. Cela a été le cas en France, où Nicolas Sarkozy avait annoncé que le réchauffement climatique mondial serait un de ses combats prioritaires. Mais je doute aujourd’hui que ça l’ait été… De son côté, Barack Obama n’a presque rien fait et son bilan est peut-être même pire que celui de George W. Bush, notamment après avoir soutenu la filière nucléaire. Et parce que les gouvernements ne gardent pas leur cap, les investisseurs ne sont pas certains, de leur côté, qu’il faille investir. Il y a une autre raison, en plus du manque de volonté politique. En France, par exemple, il y avait un programme pour favoriser le développement de l’énergie photovoltaïque, qui a très bien marché mais qui a été coupé… car il connaissait un trop grand succès ! Une des raisons avancées était que les gens achetaient des panneaux photovoltaïques chinois. C’était certes le cas, mais ce n’était pas inexorable !

Quelles sont les conséquences de cette situation concernant l’innovation ?

Tout cela a considérablement limité l’apparition de nouvelles formes de financement concernant les projets de RSE, aussi bien du côté des entreprises classiques que de l’entrepreneuriat social. Il y a tout de même eu des innovations, mais il est trop tôt pour dire qu’elles seront utilisées à grande échelle. Je viens ainsi de rencontrer une personne fabriquant un carburant bio pour avion à base d’algues, mais cela n’est pas rentable pour le moment.

Que suggérez-vous pour remédier à cette situation ?

Je suggère que des sociétés civiles établissent des « green redemption funds », ou fonds de rédemption verts, agissant comme des banques d’investissement ou des sociétés d’assurances, un peu à la manière de ce qu’a fait la Coface. L’idée est, en effet, de mettre en place des fonds et l’argent serait alors directement investi dans des grandes sociétés de technologie, pour les stabiliser et créer un marché pour leurs produits. L’objectif est aussi d’assurer que le vendeur sera payé. Le groupe allemand Siemens, par exemple, fait cela en prêtant aux clients. Mais le système doit aussi être adapté aux petites sociétés.

Vous êtes également favorable à la mise en place d’une taxe carbone, mais sous une forme particulière…

Je suis, en effet, en faveur d’une taxe carbone et Nathalie Kosciusko-Morizet m’a d’ailleurs demandé de faire une estimation du gain en cas de mise en place de cette taxe. Mais celle-ci ne doit pas être basée sur les émissions trop compliquées à calculer. On doit plutôt taxer le combustible fossile, qui produit l’émission. Ainsi, suivant mes calculs, cela pourrait rapporter près de 10 milliards d’euros par an à la France, si on inclut un peu de nucléaire. Sans cela, cette taxe carbone rapporterait une somme comprise entre 8 milliards et 9 milliards d’euros. Et pour l’Europe des vingt-sept, ce montant s’élèverait à plus de 100 milliards d’euros par an, sans même prendre en compte le nucléaire ! Ce ne serait pas du tout impossible ainsi de sortir de la crise du climat et de la crise économique. Cette taxe carbone peut vraiment sauver l’Europe.

Propos recueillis par Julien Pompey

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En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/05/10/2011/lesechos.fr/0201677774768_robert-bell—une-taxe-carbone-peut-vraiment-sauver-l-europe–.htm#D1shrPjir74Ru1BG.99


 

http://www.smartplanet.fr/smart-people/robert-bell-prone-une-taxe-carbone-europeenne-7284/

 

 

Robert Bell prône une taxe carbone européenne

 

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Par Thierry Noisette | 6 octobre 2011 | 0 commentaire

Revue de web: ce spécialiste de la RSE propose le financement des cleantech par des fonds spéciaux, et une taxe CO2 qui pourrait rapporter 100 milliards par an à l’Europe.

Robert Bell

Professeur en management et président du département des sciences financières du Brooklyn College de la City University of New York, Robert Bell est un spécialiste du financement et du management des projets RSE (responsabilité sociale et environnementale) et de l’entrepreneuriat social.

Interviewé par Les Echos, il critique sans ambages les gouvernements:

« Barack Obama n’a presque rien fait et son bilan est peut-être même pire que celui de George W. Bush, notamment après avoir soutenu la filière nucléaire. Et parce que les gouvernements ne gardent pas leur cap, les investisseurs ne sont pas certains, de leur côté, qu’il faille investir.

Il y a une autre raison, en plus du manque de volonté politique. En France, par exemple, il y avait un programme pour favoriser le développement de l’énergie photovoltaïque, qui a très bien marché mais qui a été coupé… car il connaissait un trop grand succès ! Une des raisons avancées était que les gens achetaient des panneaux photovoltaïques chinois. C’était certes le cas, mais ce n’était pas inexorable! »

Il prône le financement des cleantech par des « fonds de rédemption verts » (« green redemption funds »), agissant un peu comme l’a fait la Coface(spécialiste de l’assurance-crédit – voir Wikipédia).

De même soutient-il l’instauration d’une taxe carbone, qui porterait sur le combustible fossile produisant l’émission. Robert Bell indique que « Nathalie Kosciusko-Morizet [lui] a d’ailleurs demandé de faire une estimation du gain en cas de mise en place de cette taxe ».

Selon lui, cette taxe pourrait rapporter 8 à 10 milliards d’euros par an à la France, et plus de 100 milliards d’euros à l’Union européenne.

SourceRobert Bell « Une taxe carbone peut vraiment sauver l’Europe » – Les Echos